Construction du puits : Chapitre II
En direct du Burkina Faso :
Samedi 28 avril
Nous avons attendu toute la journée d’hier qu’OCADES finisse de réparer leur véhicule pour nous rendre à Tantiaka (La Petite), afin de commencer la construction de la plateforme de béton autour du puits. La semaine passée, nous avions foré un puits de 26 mètres de profondeur. Mais, il nous reste de nombreuses choses à faire avant que le puits soit opérationnel.
Vers 15 heures, OCADES nous a informés qu’il allait falloir repousser au lendemain. Nous ne savions pas que le village nous avait préparé un repas, et avait tué un poulet pour l’occasion. Mais nous sommes ravis qu’ils aient dû profiter d’un tel repas entre eux, puisque c’est un luxe qu’ils ne se permettent que très rarement.
Aujourd’hui, nous nous sommes rendus à Tantiaka pour la première fois avec Paul et Pauline. Notre équipe continue de s’agrandir, et Paul et Pauline ont envie de travailler avec la fondation BARKA. C’est une véritable aubaine, car ils ont chacun, à leur façon, tellement à offrir. Paul, la cinquantaine, a une vraie conscience spirituelle, une expérience variée du monde des affaires et se décrit comme notre « Man in Havana ». Pauline a le Burkina Faso dans la peau, et elle a, comme nous, levé des fonds pour pouvoir prolonger son travail de bénévole dans ce pays qu’elle aime tant. Elle travaille avec une ONG locale et prévoit de collaborer avec BARKA concernant le travail de sensibilisation en cours. Ce travail porte sur l’eau et l’assainissement au sein de Tantiaka. Elle participera également à la prochaine étape du projet visant à aider les femmes du village.
Nous sommes arrivés au village et nous avons présenté Paul et Pauline à Bempoua. Nous avons parlé du travail spirituel fait avec son défunt mari et son fils décédé, un travail qui nous a tout particulièrement liés à ces lieux. Nous leur avons montré sa tombe, en leur racontant comment, en 2007, il avait attendu que nous ayons franchi le seuil de sa porte pour mourir.
Tant d’émotions et de souvenirs dans ces récits.
Les techniciens étaient déjà arrivés et étaient très satisfaits de l’avancement du puits. Grâce à un générateur, ils avaient pompé de l’eau (à notre arrivée, des femmes portaient des bassines d’eau sur la tête pour les ramener à leur maison : il s’agissait de l’eau du nouveau puits !). Ils nous ont informés de la productivité du puits : 2 000 à 3 000 litres d’eau par heure, soit largement au-dessus du minimum réglementaire fixé par le gouvernement de 700 litres par heure. Ils avaient également testé l’eau et l’avaient déclarée potable. Nous avons donc pu y gouter, nul besoin de vous préciser combien nous avons apprécié cette eau. Ina a offert du tabac, une tradition des indiens d’Amérique. OCADES a ramené un peu d’eau pour effectuer des tests plus poussés en laboratoire et nous a informés qu’il s’agissait d’un des meilleurs puits qu’ils aient vu.
Bempoua a demandé à s’entretenir avec nous. Nous l’avons informé du fait que BARKA souhaitait continuer et répondre à la demande des femmes concernant un moulin à grains, mais que cela impliquait de nombreuses démarches et prendrait du temps. Nous lui avons expliqué que les femmes devaient s’organiser pour réclamer une machine subventionnée par le gouvernement, une machine pouvant moudre le grain, irriguer et fournir de l’électricité.
Nous avons souligné que BARKA continuerait de les appuyer et que les prochaines étapes consistaient à construire une plateforme autour du puits et installer des latrines communes. Une fois, ces travaux achevés, une inauguration sera organisée. Des équipes de la télévision nationale seront présentes, ainsi que de collègues de Ouagadougou, une troupe de danse traditionnelle et une troupe de théâtre, pour dispenser une éducation concernant l’hygiène à tout le village.
Bempoua fera elle-même la bière de millet locale pour l’événement. Nous servirons deux chèvres pour l’occasion. Nous nous sommes mis d’accord pour prier la veille pour que cette journée soit synonyme de succès, que ce projet soit prospère et le fruit de notre travail soit durable.
Bempoua nous a dit qu’elle nous portait dans son cœur et nous bénissait, nous souhaitant longue vie et priant pour le succès du travail de la fondation BARKA. Elle a ajouté que, même si ses yeux étaient grands, ils ne lui permettaient pas de voir tout ce que nous lui apportions, à elle et à la vie du village, comme autant de choses qu’elle n’avait jamais compris auparavant. Sa langue, le gulimanchema, est toujours empreinte d’une telle poésie. J’aurais voulu que Paul et Pauline puissent partager cette si belle discussion privée avec Bempoua. Cet échange incarne la valeur de réciprocité que nous défendons, ce don profond à tous les niveaux, qui est si rare dans ce domaine du développement international, milieu qui manque cruellement de ces relations personnelles qui font avancer les choses…
Sur le chemin du retour, nous avons rendu visite à Lompo, le roi des 44 villages de la région. Son rôle dans la gestion des terres et de l’eau est important dans la tradition locale. Il était tellement content que nous lui ayons amené de nouveaux visiteurs qu’il nous a donné un lapin pour faire un ragout. Même s’il était seulement trois heures de l’après-midi, la journée touchait à sa fin. La température était encore bien au-dessus des 38° et nous étions lessivés. Encore une de ces merveilleuses journées au Burkina.
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